Si le dialogue social est apaisé, ça risque de tanguer quand même ! Force Ouvrière peut déjà brandir ses revendications !

, par Udfo57

Éditorial du Combat Social de juillet.

Le COMBAT SOCIAL est le journal de l’Union départementale des syndicats FORCE OUVRIERE de Moselle. Il s’agit d’une publication mensuelle adressée aux syndicats FO.

Ce mois-ci l’Édito traite de l’appréciation de FO MOSELLE sur la Conférence sociale organisée par le gouvernement les 9 et 10 juillet.

La conférence sociale organisée par le gouvernement avec l’ensemble des interlocuteurs sociaux vient de s’achever sur un apparent satisfecit généralisé, en tout cas sur la méthode.

Il n’est pas sûr pourtant, en y regardant de plus près, que les motifs de satisfaction perdurent. La chute pourrait être brutale.

Pour la Confédération FO, les choses sont claires, tant du point de vue de l’analyse que des revendications. Et nous avons affirmé depuis longtemps notre opposition catégorique à toute forme d’austérité, qu’elle soit de droite ou de gauche.

Relevons de ce point de vue le caractère quelque peu hypocrite de cette conférence sociale qui met complètement de côté le contexte de crise du système capitaliste qui a conduit à la situation que nous connaissons partout en Europe, et surtout le souhait exprimé par l’Élysée, quelques jours auparavant, de voir le « paquet européen » ratifié de manière éclair. Comme si le contenu même de cette conférence sociale n’était pas touché directement par ces deux points.

Ce qui est clair, c’est que le président de la République et son gouvernement veulent faire passer en catimini le pacte budgétaire et sa règle d’or ; l’austérité dans son emballage de croissance, et le dialogue social rénové pour faire passer la pilule.

Force Ouvrière avait préparé le terrain avec la déclaration de la Commission exécutive confédérale du 28 juin, en réaffirmant ses positions et ses revendications. Ce n’est pas un hasard si cette déclaration débute sur l’opposition de FO d’inscrire la « démocratie sociale » ou le dialogue social dans la Constitution.

L’enjeu est de taille, car il est question ici du rôle des organisations syndicales et de la question de leur indépendance. Inscrire d’une manière ou d’une autre le dialogue social dans la Constitution ne peut conduire qu’à institutionnaliser les syndicats en leur faisant assumer un rôle de corps intermédiaires, de co-législateurs, de composantes à part entière de l’appareil d’État.

À ce jeu là, les grands perdants seront les travailleurs et les organisations syndicales elles-mêmes car elles seront, de fait, identifiées par les salariés à la sphère du pouvoir : co-législateurs et donc co-responsables bien loin de la tradition française du syndicalisme comme le souligne Stéphane Sirot, professeur d’histoire du XXe siècle, dans un article de « La Tribune » de janvier 2012, consacré notamment à l’évolution de la Cgt.

On ne peut donc que s’inquiéter et rejeter la proposition de François Hollande d’inscrire le dialogue social dans la Constitution ; en effet, le seul objectif est de faire passer les réformes dans le consensus le plus large.

Un certain nombre d’autres thèmes méritent une attention toute particulière. La question du redressement productif et du financement de la protection sociale par exemple.

Vu de notre petite position mosellane, et compte-tenu des « petites » difficultés que rencontrent les salariés d’ArcelorMittal à Florange par exemple, on aurait pu imaginer une discussion de fond sur la réindustrialisation, ou sur la manière dont l’État peut prendre les choses en main pour permettre l’exploitation de certaines entreprises stratégiques.

N’évoquons même pas la question de la nationalisation qui nous ferait paraître sûrement trop radicaux ! Mais nous pouvons constater que sur ce point, la conférence sociale conduit essentiellement à la création d’une mission sur la compétitivité des entreprises confiée à Louis Gallois (ancien directeur de la SNCF et d’EADS).

Aborder la question du redressement productif sous cet angle revient à valider les analyses patronales selon lesquelles la question du chômage et de la pérennité des entreprises ne peut être traitée qu’à l’aune de la réduction du coût du travail et de l’assouplissement du marché du travail (contrats et licenciements).

Les conclusions de cette mission sont d’ores et déjà connues puisque la piste de l’augmentation de la CSG a été abordée dans le cadre d’une réforme à venir de la protection sociale pour diminuer « les charges » des entreprises : on remplacerait la TVA « compétitivité » par une CSG « compétitivité ».

Le choix de Louis Gallois n’est pas innocent non plus, lui qui s’est positionné récemment, en même temps que certains économistes particulièrement libéraux, pour un transfert d’environ 30 milliards d’euros de cotisations sur la CSG qui est payée à plus de 80 % par les salariés. L’austérité de gauche reviendrait donc comme celle de droite à faire supporter et payer aux travailleurs les cadeaux faits aux patrons ?

Même sur l’assouplissement du marché du travail, Laurence Parisot a beau faire son cinéma, la porte n’a pas été fermée par François Hollande, bien au contraire. Et elle a toujours la loi Warsmann(*) pour s’occuper !

On pourrait évoquer aussi la question des retraites sur laquelle des pistes de réformes seront présentées début 2013. Ne craignons rien, la Cfdt et le Medef ont déjà travaillé le dossier : le régime unique par points (ils avaient pris de l’avance avec Nicolas Sarkozy et François Fillon sur la réforme de 2010).

Les fonctionnaires seront aussi heureux d’apprendre qu’ils devront continuer à se serrer la ceinture en terme de salaire, et à compenser par des conditions de travail délabrées la poursuite des suppressions de postes ; règle d’or oblige.

Si le dialogue social est apaisé, ça risque de tanguer quand même ! Force Ouvrière peut déjà brandir ses revendications !

Alexandre TOTT
Secrétaire général

(*) La loi Warsmann du 22 mars 2012 prévoit la possibilité d’imposer, par accord d’entreprise, plus de fléxibilité aux travailleurs sans qu’ils puissent s’y opposer en s’appuyant sur leur contrat de travail.