MANIFESTATION DU 1er MAI À METZ

, par Udfo57

800 manifestants à Metz, dont près de 200 adhérents et militants FO, à l’occasion du 1er mai, pour prolonger la grève interprofessionnelle du 9 avril contre la politique d’austérité du gouvernement.

Le discours prononcé au nom de l’intersyndicale CGT, FO, Solidaires et FSU par Alexandre TOTT, Secrétaire général de FO Moselle

Cher(e)s camarades,

Le 1er mai est historiquement une journée internationale de mobilisation, de solidarité et de revendications. Nous ne célébrons pas la fête du travail, mais nous saluons les combats des travailleurs, ceux d’hier, ceux d’aujourd’hui et ceux qui nécessairement auront lieu demain. Les organisations syndicales FO, CGT, Solidaires et FSU de Moselle adressent donc leur salut fraternel à l’ensemble des travailleurs, dans le monde, en Europe et en France, en lutte contre l’austérité, pour leurs revendications, pour leur dignité et souvent pour leur liberté.

Ce 1er Mai 2015 se place pour nous dans un contexte très particulier. Celui du combat engagé depuis plusieurs mois contre la politique d’austérité menée par le gouvernement au nom des exigences libérales de la Commission européenne et du patronat. Ce combat, dans l’unité d’action et sur des revendications claires et précises, permet pour la première fois en Moselle d’avoir une manifestation commune CGT, FO, FSU et Solidaires un 1er mai. C’est le cas en Moselle, mais aussi dans de nombreux autres départements.

Mes cher(e)s camarades, c’est important de le souligner parce qu’il s’agit d’un point d’appui considérable pour la poursuite de la mobilisation.

Les organisations syndicales FO, CGT, Solidaires et FSU en Moselle ont choisi aujourd’hui, par cette manifestation commune, de prolonger l’extraordinaire mobilisation du 9 avril 2015 qui a traduit sur le terrain du combat syndical le mécontentement des travailleurs et le rejet de la politique gouvernementale et patronale.

Cet axe de résistance se construit, et il se renforce aujourd’hui. Il met en tout cas clairement en évidence qu’il y a vraiment deux camps :

- Nous, qui nous opposons à la politique gouvernementale et qui avons traduit cette opposition par l’appel national à la grève interprofessionnelle du 9 avril, par la grande manifestation à Paris qui a réuni sûrement près de 150.000 participants et par des dizaines d’autres manifestations qui portent à 300.000 le nombre de manifestants dans toute la France.

- Et en face, il y a ceux qui considèrent qu’il n’y a pas d’austérité, qu’il est justifié de livrer des dizaines de milliards d’aides aux entreprises et de saboter en contrepartie les services publics et la protection sociale, qu’il est normal de baisser le coût du travail et de simplifier le code du travail pour sécuriser les entreprises. Nous avons, nous, clairement choisi notre camp et nous l’exprimons encore aujourd’hui.

Comme le 9 avril, nous continuons à dénoncer les réformes structurelles dictées par la Commission européenne et appliquées avec zèle par le gouvernement, sans doute le plus zélé en la matière depuis des dizaines d’années. Toutes sans exception conduisent à remettre en cause l’ensemble des droits sociaux et conduisent à un désastre économique, au chômage qui ne cesse de progresser, et à la précarité généralisée.

Alors que la mobilisation du 9 avril a subi un boycott médiatique sans précédent pour une initiative de ce type, on assiste à l’inverse à un matraquage permanent sur les causes supposées du chômage en France : le coût du travail, les rigidités du code du travail, le poids de la protection sociale, le pouvoir de nuisance des représentants du personnel et des syndicats seraient un frein quasi insurmontable à la création d’emplois et expliqueraient, à eux seuls, le niveau historique du nombre de chômeurs et de salariés précaires.

Tout ce matraquage pour faire oublier que la situation économique en France comme dans toute l’Europe est la double conséquence de la crise financière qui a plongé l’économie mondiale dans le chaos, et des politiques d’austérité exigées par la Commission européenne et menées par l’ensemble des gouvernements.

Et c’est au nom de cela que les travailleurs devraient accepter le diktat qui conduit au pacte de responsabilité et aux réformes structurelles qui se décident en ce moment même contre la classe ouvrière. Le refuser serait, nous dit-on, contraire à l’esprit du 11 janvier... Revendiquer contre la politique du gouvernement serait contraire à l’esprit du 11 janvier : en clair, nous devrions tous être aux ordres du capital... Les conseillers du premier ministre Valls jugeant même indispensable "l’avènement d’un nouvel ordre social".

Nous montrons aujourd’hui, comme le 9 avril, que ce qui nous anime c’est un esprit de résistance et de combat. Nous refusons de considérer que les politiques libérales sont inéluctables, nous ne plions pas l’échine et nous ne nous soumettrons pas. Ce que les travailleurs rejettent avec nous, c’est le pacte de responsabilité qui multiplie les cadeaux fiscaux et sociaux aux patrons : 40 milliards en 3 ans qui s’ajoutent aux 30 milliards d’exonérations dont les entreprises bénéficient généreusement chaque année depuis des dizaines d’années. La contrepartie de ce pacte irresponsable et suicidaire, c’est la réduction idéologique des dépenses publiques et sociales (54 milliards) qui mettent en péril l’ensemble des services publics et la protection sociale (assurance maladie, famille, retraite ou encore assurance chômage). La conséquence du pacte de responsabilité c’est aussi la balkanisation de la République, des droits des citoyens et des travailleurs au travers de la réforme territoriale : c’est tout notre modèle social et républicain qui est sur la sellette. La contrepartie de ce pacte, c’est aussi la poursuite et l’aggravation des politiques engagées par Nicolas Sarkozy et François Fillon supprimant des centaines de milliers de postes dans la Fonction publique et bloquant le salaire des fonctionnaires depuis 2010.

Ce qui cimente encore le mouvement que nous menons en commun, c’est le rejet des politiques de destruction massive du code du travail :

le projet de loi libéral Macron qui banalise le travail du dimanche, qui fragilise les Conseils de prud’hommes, s’attaque au contrat de travail et flexibilise encore, après l’ANI du 11 janvier 2013, les procédures de licenciement économique.

Il s’agit aussi du projet de loi Rebsamen sur le dialogue social qui va affaiblir considérablement les instances représentatives du personnel en réduisant ses moyens, en fusionnant les institutions et en réduisant les obligations de consultations ; projet de loi qui contourne les organisations syndicales pour privilégier la négociation d’entreprise avec des salariés mandatés et qui, à très court terme, remettra en cause les conventions collectives nationales au travers de commissions régionales interprofessionnelles présentées faussement comme de nouvelles instances du personnel dans les TPE.

Tout le monde sait que ce n’est pas fini. Même après la gifle électorale des élections départementales, Manuel Valls a été très clair : "Ceux qui pensent - dit-il - que nous allons freiner ou stopper les réformes se trompent. Quel que soit le résultat des élections, nous allons les poursuivre en ouvrant de nouveaux chantiers".

Ces nouveaux chantiers s’inscrivent, tous, dans la même logique de destruction du code du travail et des conventions collectives : Macron travaille déjà avec le concours de certaines organisations syndicales à la généralisation des accords dit de maintien dans l’emploi au-delà des causes économiques prévus par l’ANI du 11 janvier et la loi du 14 juin 2013. L’objectif est d’obtenir plus de flexibilité dans les entreprises, l’objectif clairement assumé par le gouvernement, c’est bien de remettre en cause les 35 heures.

Le premier ministre Valls de son côté vient de mandater un haut fonctionnaire dont la mission est d’en finir avec le modèle social français, d’en finir avec la garantie du code du travail et des conventions collectives. La lettre de mission est sans équivoque : "Les partenaires sociaux ne se saisissent pas suffisamment des souplesses que la loi leur donne pour déroger au cadre réglementaire standard" (autrement dit au code du travail et aux conventions collectives). Ce haut fonctionnaire est ainsi missionné pour aller au-delà de la réforme sur le dialogue social et doit faire des propositions dès septembre pour "élargir la place de l’accord collectif (d’entreprise) dans notre droit du travail et la construction des normes sociales".

On le voit, c’est : « tout pour l’entreprise ». Il faut permettre aux patrons d’adapter l’ensemble des droits sociaux en fonction de leurs besoins, entreprise par entreprise, mais surtout d’assouvir les exigences toujours plus importantes des actionnaires. Si nous ne mettons pas un coup d’arrêt à cette politique, il ne restera qu’un désert social en même temps qu’un désert économique. Il n’y aura pas moins de chômeurs, mais toujours plus de salariés pauvres, taillables et corvéables à merci. Nous avons donc une responsabilité dans cette situation. Victor Hugo disait : "Il vient une heure où protester ne suffit plus ; après la philosophie, il faut l’action ; la vive force achève ce que l’idée a ébauché".

Mes cher(e)s camarades, nous sommes la force vive contre l’austérité. L’heure est à l’action interprofessionnelle la plus large possible. Même si rien n’est gagné d’avance, rien, ni personne ne doit nous détourner de ce combat engagé par les organisations CGT, FO, FSU et Solidaires.

Vive la solidarité internationale des travailleurs !

Vive le 1er mai de revendications.