ArcelorMittal : réaction de FO Moselle suite à la table ronde du 19 juillet

, par Udfo57

Jeudi 19 juillet, une table ronde ronde s’est tenue à la Mairie de Florange concernant l’avenir des hauts fourneaux. Cette table ronde a été organisée à l’initiative de l’intersyndicale locale.

L’Union départementale Force Ouvrière de Moselle considère important de revenir sur un certain nombre de points concernant cette table ronde. En dehors de toute polémique, certain ont voulu présenter cette réunion comme un moment "d’union sacrée" autour d’un objectif commun : établir un pacte territorial pour le projet ULCOS.

Le représentant de FO Moselle a indiqué ne pas être dans cette logique de pacte social, non seulement par souci d’indépendance entre syndicats et partis politiques, mais surtout parce qu’il y a des divergences parfois de fond. FO considère toujours que le redémarrage immédiat des hauts fourneaux passe par la nationalisation, avec ou sans ULCOS.

Cette réunion était présidée par le Maire de Florange PS (Philippe TARILLON).

Étaient présents, le sous-préfet de Thionville (Monsieur MARZORATTI) au nom du préfet de Région, le président du Conseil régional PS (JP MASSERET), le président du Conseil général UMP (Philippe WEITEN), les députés Michel LIEBGOTT (PS) et Anne GROMMERCH (UMP), la sénatrice Gisèle PRINZ (PS) et le président (CFDT) du Conseil économique, social et environnemental de Lorraine (CAYZELLE), et enfin, le cabinet d’experts SYNDEX (Filiale de la CFDT) qui a travaillé pour le gouvernement Wallon sur l’arrêt des hauts fourneaux de Liège (situation comparable à Florange).

Il y avait par ailleurs trois représentants par organisation syndicale : FO, la CGT et la CFDT. La CGC n’est plus dans l’intersyndicale.

Pour FO étaient présents deux représentants du syndicat (Norbert CIMA et Marc CADARIO) et le secrétaire général de l’Union départementale (Alexandre TOTT).

S’il s’agissait en apparence d’une initiative de l’intersyndicale, il a été très clair en fait que c’est la CFDT qui a piloté cette table ronde en accord avec les politiques : pour preuve, la réunion préparatoire qui s’est tenue entre une dizaine de responsables CFDT et le Maire de Florange avant la table ronde. Dont acte !

L’objectif a été clairement de déporter l’intersyndicale dans un cadre associant les organisations syndicales, les élus politiques et les collectivités territoriales (Conseil régional et Conseil général pour créer « un front uni », une « union sacrée » (comme cela a été évoqué par la presse). Ce n’est pas un hasard si le président du Conseil régional a proposé un « pacte territorial » politique pour défendre le projet Ulcos auprès de la commission européenne ; projet qui serait la seule alternative pour sauver la sidérurgie en Moselle.

Il faut noter que le Maire de Florange s’est saisi de la proposition de "pacte territorial" pour expliquer qu’il devait être politique et social. Sans surprise, et de la même manière, la CFDT a immédiatement réagi pour dire qu’elle était prête, pour sa part, à signer un tel pacte après que FO ait indiqué son opposition à la signature d’un quelconque « pacte social » qui engagerait le syndicat avec les élus et les collectivités territoriales. En effet pour FO, chacun doit rester à sa place et dans son rôle. C’est notre conception du syndicalisme.

Si les élus (Michel LIEBGOTT pour le PS, Anne GROMMERCH pour l’UMP), les collectivités locales (Patrick WEITEN (de droite) pour le Conseil général et Jean-Louis MASSERET (PS) pour le conseil régional, et Philippe TARILLON (PS) pour la communauté d’agglomération) et les pouvoirs publics (le sous-préfet de Thionville au nom du préfet de Région) ont souhaité s’engager sur un pacte territorial politique, soit . C’est leur responsabilité. Mais en ce qui concerne FO, nous devons rester sur les revendications et la recherche d’un véritable rapport de force dans la mobilisation.

Sur le fond également, il était très clair que les choses étaient préparées comme le démontre la présence « informelle » du cabinet Syndex dont un des objectif était de permettre à la CFDT de faire part de ses « propositions d’avenir » pour le site de Florange. En effet, la présentation de Syndex a mis en avant en avant la situation de producteurs d’acier indépendants au niveau européen (SSAB, VoestAlpine…) dont la particularité est d’une part, d’exploiter de manière rentable des sites de production d’acier (avec des usines intégrées) dont la taille est comparable à l’usine intégrée de Florange, et d’autre part, de fonctionner grâce à une implication de ce qu’ils appellent « les parties prenantes » : participation des syndicats dans la gouvernance des entreprises, participation minoritaire et éventuelle des collectivités locales ou des pouvoirs publics, actionnariat salarié…

Alors qu’Édouard MARTIN pour la CFDT vantait il y a quelques mois une « gouvernance » du type Fondation (comme BOSCH), la CFDT défend aujourd’hui ce qu’elle a appelé « la gouvernance des parties prenantes » basée sur des partenariats publics/privés, mais surtout sur une forme d’association capital/travail. Cela donne l’impression que la CFDT cherche à utiliser la situation de Florange comme un laboratoire d’essai vers le corporatisme.

Pour mettre en avant ce type de gouvernance, le cabinet SYNDEX a toutefois été obligé de démontrer premièrement que si le marché européen de la production d’acier était en baisse, il n’y avait pas de surcapacité à long terme. Ils n’ont pas réfuté d’ailleurs que la production mondiale (2011 ou 2012) était en hausse de 7 % (chiffres de la CGT),

Deuxièmement, il a été clairement expliqué que la fermeture des sites de Liège et Florange, qui pouvaient avoir aujourd’hui, et en apparence, des raisons économiques objectives, conduirait demain, avec un redémarrage de la croissance et de la demande, à une insuffisance de capacité de production au niveau européen nécessitant des importations.

Enfin troisièmement, Syndex a expliqué que les usines intégrées en Suède, Finlande, en Allemagne ou en Autriche (de taille comparable à Florange) avaient des résultats supérieurs aux multinationales telles que Mittal. Donc, une usine intégrée à Florange peut être rentable.

On peut donc utiliser ces arguments dans un sens qu’ils ont tous exclu (Syndex, la CFDT et les élus de gauche notamment) ; si Florange peut être rentable, et si à moyen terme on peut envisager un redémarrage de la demande d’acier alors nous avons des arguments y compris économiques pour justifier que l’État reprenne l’exploitation de la production d’acier en Moselle.

C’est un choix politique que doit faire l’État et qui n’est pas impossible. Il faut rappeler que l’article 17 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen prévoit la dépossession du droit de propriété « lorsque la nécessité publique l’exige ». Le droit de nationaliser figure même dans l’article 9 de la Constitution de 1946 et des règles sont définies en la matière dans la Constitution de 1958.

Ainsi, la privation du droit de propriété doit être justifiée en cas de nationalisation par une nécessité publique évidente : cela couvre l’intérêt national sur le plan économique et social, la protection du territoire, la construction éventuelle d’infrastructures, la protection de l’environnement, les moyens de faire face à la crise économique, de promouvoir la croissance, la lutte contre le chômage…

Qui pourrait contester que la production d’acier n’est pas une filière stratégique, que la réindustrialisation n’est pas un enjeu national, que la lutte contre le chômage et la destruction d’emploi n’est pas une priorité nationale absolue ? Et si ULCOS devait être une technologie d’avenir permettant de contribuer à la protection de l’environnement, ne serait-ce pas là aussi un argument pour que l’État en assure le développement et l’exploitation ?

Il faut préciser aussi que la nationalisation n’est pas incompatible avec les règles du droit international comme l’ont démontré les nationalisations décidées en Argentine ou encore en Bolivie.

Pour ce qui est du droit européen, la question des directives et différents traités européens se pose en effet : en particulier la dictature de la concurrence libre et non faussée qui sert de prétexte à une libéralisation complète et sans frein de tous les secteurs.

Mais là aussi il s’agit d’un choix politique et revendicatif. FO peut tout autant revendiquer la nationalisation de certains secteurs industriels qu’exiger la non-ratification des derniers traités européens ; ce qu’exige la Confédération FO concernant le MES et le pacte budgétaire sur la règle d’or – le TSCG.

Pour conclure, FORCE OUVRIERE rappelle ses positions de principes :

- FO ne peut pas s’engager sur la signature ou l’acceptation (explicite ou implicite) d’un pacte territorial ou d’un pacte social qui de fait remettraient en cause l’indépendance syndicale. Ce pacte territorial est de la seule responsabilité des élus et des pouvoirs publics ;
- Pour FO, la question d’être en accord ou pas avec ULCOS ne se pose pas ; nous n’y sommes pas opposés par principe dès lors qu’il s’agit d’une évolution technologique reconnue. En revanche, nous devons lutter contre l’idée que le redémarrage des hauts fourneaux ne peut passer que par la seule validation du projet ULCOS par la Commission européenne. Cela signifierait qu’en cas d’échec (assez vraisemblable), on se résignerait à la fermeture des hauts fourneaux. Par ailleurs ULCOS n’est pas obligatoirement indispensable à la rentabilité d’un site à Florange (Cf les petits producteurs européens cités plus haut, et qui sont rentables sans ULCOS ou une technologie comparable) ;
- Le redémarrage des hauts fourneaux est une exigence immédiate que Mittal ne voudra pas satisfaire (chacun en convient). La seule perspective, c’est véritablement la nationalisation. Pour FO, cette solution ne peut pas être balayée d’un simple revers de la main. C’est une option plus que crédible.

FO continuera à mettre en avant son slogan qui commence à faire son chemin, et que certains reprennent en partie, y compris certains élus : « Avec ou sans MITTAL, avec ou sans ULCOS, les hauts fourneaux doivent redémarrer et les emplois doivent être maintenus ; l’État doit reprendre l’exploitation du site ».